LE POUVOIR DES RÊVES (3/3)

Voici la 3ème et dernière partie du témoignage de Jean-Hugues. La partie 1 est disponible ici et la deuxième partie est disponible ici.

1er janvier 2016. Cette année démarre une nouvelle fois en Bulgarie. Je suis arrivé le 30 décembre avec mon sac à dos pour faire une surprise à mes petits amis bulgares Borko et Anny. Cela fait plus d’un an et demi que j’ai quitté le centre dans lequel j’étais volontaire pendant un an. C’est durant cette année-là que les avais rencontré. On a passé la nuit à danser dehors sur la grand place de Varna par -10 degrés. Je suis heureux de voir qu’ils grandissent bien et me considèrent toujours comme un grand frère.

Après avoir passé trois semaines avec eux, l’envie me prend d’aller voyager dans le pays. En Bulgarie, j’avais entendu parlé d’un bâtiment soviétique abandonné dans les montagnes, je n’avais jamais eu le cran d’aller m’y rendre. Aujourd’hui, j’ai emmagasiné suffisamment d’expériences pour me décider à y aller en auto-stop. Samuel, un voyageur espagnol que je viens de rencontrer, veut se joindre à moi.

Nous finissons par trouver le monument, perché sur une montagne. Le vent souffle très fort et les -30°C nous poussent à nous faufiler dedans pour nous abriter. Nous passerons plusieurs heures dans le noir complet afin d’explorer ses entrailles, avant de trouver un accès donnant au sommet de la tour. En grimpant là-haut, c’est comme si nous avions fait une brèche à travers les nuages. La lumière rouge du soleil rend ce moment presque irréel. Le lendemain, nous y sommes retourné à nouveau avec un temps plus clément. Mais c’est surtout que notre exploration a été filmée par le drone d’un inconnu et nous nous retrouvons, un peu plus tard, dans les journaux et à la télé bulgares. L’endroit a été abandonné lors de la chute communisme et, en allant mettre les pieds dans ce vestige soviétique, on a réveillé une polémique dans le pays. (Ci-après la coupure de presse dans un journal belge).

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De retour en Belgique, je pense déjà à retourner dans les Balkans. C’est décidé, la prochaine fois, ce sera à vélo ! Je veux explorer plus profondément cette région et je suis certain que le vélo est un outil idéal pour ça. Alors que je me prépare, je reçois un message. C’est le centre culturel de Bastogne. Ils veulent m’inviter à partager mon expérience sur scène : « Est-ce que tu pourrais nous faire un film sur ton voyage à vélo pour janvier 2017 ? » À ce moment-là, je rêve de partager mes récits sur la scène de ma ville mais cette opportunité est pour moi un engagement impressionnant. Certes, je me suis formé un peu au cadrage et à la réalisation mais est-ce que je suis vraiment compétent pour faire rêver une salle entière ?

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Juillet 2016, me voilà sur mon vélo. C’est le début, j’ai du mal à sortir ma nouvelle caméra pour filmer les rencontres, j’ai la sensation de briser l’instant, j’ai peur de déranger… et puis, le temps aidant, cela devient de plus en plus naturel. Je n’ai rien prévu, il n’y a pas vraiment de question pertinente derrière mon voyage qui peut justifier un documentaire. Au départ, je voulais juste refléter ma progression dans l’inconnu. Avec le temps, je commence à prendre conscience du trésor d’apprentissages et d’émotions que je peux véhiculer à travers mon témoignage où fraternité, ouverture d’esprit et réalisation de ses rêves pourraient être à l’honneur.

29432583_10214799546129885_8491964536847335424_oFin octobre 2016, en rentrant après 4500 km dans les Balkans, je découvre avec un mélange d’angoisse et de fierté les annonces pour la projection de mon futur film. Peut-être qu’ils s’attendent à un montage de clips vidéos… Mais le voyage m’a tellement inspiré avec ses rencontres et ses découvertes que je veux réaliser un vrai film. Je rêve peut-être trop grand : 2 mois pour monter un film de qualité, c’est bien trop court. Les semaines devant l’écran s’accumulent. Moralement et physiquement, passer d’une vie sur la route à une vie devant un bureau est difficile à supporter. Pendant 2 mois, je refuse les sorties entre amis, je saute les repas, dors peu. Je ne vis que pour mon film. Je découvre le piège de ce travail créatif et artistique : on peut perfectionner un film à l’infini. La pression monte, je dois assurer car toutes les places sont SOLD OUT alors que le film n’est pas terminé.

N’ayant que quelques maigres économies, j’ai tout fait par moi-même. Pour la composition musicale, j’ai contacté des artistes autour du monde qui ont soutenu mon projet et j’ai utilisé des musiques libres de droits. Pour la voix off, je l’ai enregistrée avec un peu d’imagination dans un grand placard isolé avec des boîtes à œufs ! Seul dans ma bulle, sans aucune influence extérieure, le récit que je m’apprête à partager est sincère et spontané.

Cette toute première version, je l’ai terminée la nuit précédent la projection attendue. Le jour J, la salle est pleine tandis que mon coeur bat la chamade. Dans la salle, je suis impressionné de voir que j’ai réussi à regrouper en plus de la famille, des personnes que j’ai rencontré à différentes périodes de ma vie. Le film démarre. Pendant 1h15, l’émotion est omniprésente dans la salle. Moi, je stresse !

Les gens applaudissent ! Je n’en reviens pas. Durant mon premier échange avec le public, un homme lève la main pour me poser une question sur scène : « est-ce que tu réalises vraiment ce que tu as fait ?« . Les mots me manquent. Je n’arrive pas à lui répondre…  Ma famille est sous l’émotion, ils me disent mieux comprendre le sens de mes voyages. Tout le monde m’invite à le projeter dans d’autres salles, et je reçois plusieurs invitations. Le soucis, c’est que je ne sais pas trop quoi faire ! J’ai prévu un voyage en tandem avec Hannah. On s’est donné rendez-vous à Marrakech dans 2 semaines pour pédaler ensemble dans l’Atlas et le Sahara. Je ne veux pas renoncer à ce départ, je décide de m’accorder plusieurs mois pour réfléchir à cette question :

Est ce que je dois porter plus loin ce récit ?

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9 mois plus tard, en septembre 2017, Hannah et moi sommes arrivés à Istanbul. On termine ici notre projet “Moving In Tandem (https://vimeo.com/239105801)”. Ensemble, on se demande si je dois m’engager ou pas dans la production de ce film. Soit je préserve ma vie nomade, soit j’échange ma liberté sur la route pour une activité plus sédentaire, devant un ordinateur, à échanger des emails et des coups de téléphone etc… Certes, en faire un vrai métier est tout aussi passionnant mais ce choix est conséquent. Il est fort dommage de ne pas partager ce récit, je réalise que je n’ai jamais été aussi déterminé dans ma vie pour réaliser quelque chose avec mes tripes et un maximum de minutie. Une partie de moi veut peaufiner, densifier et améliorer ce film pour continuer d’inspirer les jeunes et les moins jeunes.

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Depuis la Turquie, j’écris un e-mail au collectif Solidream pour avoir leur avis sur mon film. Un grand sourire me vient au visage en lisant leur réponse: “Ton histoire est touchante, ton récit sincère, ta démarche d’une belle humilité et ton talent certain. Mais il y a encore un peu de travail si tu veux améliorer ton film. Si tu veux, on peut essayer de t’aider. On peut te faire une place dans nos bureaux.“ C’est génial ! Malgré mon enthousiasme à travailler avec eux, je reste tourmenté. Il ne faut pas se mentir, la réalisation et la production d’un film documentaire c’est l’engagement de deux années de travail au minimum.

Mars 2018, j’ai passé 4 mois avec Solidream. Si je compte mes heures devant l’écran, il m’aura fallu au moins 9 mois de boulot au total. Il y a encore du travail pour la version 52 minutes du film et la traduction des deux en anglais. Je ne regrette pas mon choix de m’être impliqué totalement dans ce projet. C’est aussi une aventure. Ce fut l’opportunité pour moi de croiser mes idées avec eux et d’apprendre énormément. Le récit de mon film n’a pas changé, mais ils m’ont aidé à réaliser les choses avec plus de finesse. Nous avons réussi à gagner en qualité et toute la bande son du film est passée dans les mains d’un ami ingénieur du son. Quelle différence !

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Maintenant, j’espère pouvoir accumuler suffisamment de pré-commandes pour financer l’impression des DVD et ainsi continuer l’aventure. Déjà de nombreuses conférences et projections sont programmées à travers la francophonie. Il ne manque plus que les DVD pour que ceux que je rencontre puissent repartir chez eux avec un souvenir concret de notre échange et, je l’espère, inspirer de nouvelles personnes à transformer leurs rêves en réalité. Le weekend dernier, j’ai projeté mon film dans un festival à Bruxelles. Une personne est venue me remercier, elle m’a exprimé son désir à vouloir elle aussi vivre ses rêves. Je suis certain qu’elle va le faire, car j’ai vu cette étincelle d’inspiration dans ses yeux. J’espère collecter d’autres étincelles comme celle-ci en chemin, j’y trouve une richesse immense qui nourrit mon propre bonheur.

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LE POUVOIR DES RÊVES (2/3)

Voici la suite de mon témoignage. La partie 1 est disponible ici

Le jour de mes 18 ans, je prend la décision d’aller m’inscrire à l’internat de mon école. Malheureusement, je n’ai plus que le weekend pour rouler avec mon nouveau VTT. Les chambres sont toutes occupées sauf un couloir à l’écart des autres. Deux mecs sont perdus là aussi. Ledio, un albanais, et Emile un flamand. Ils m’accueillent en me disant en arrivant que j’ai la meilleur chambre de l’école.“Tu as de la chance, tu peux capter le wifi de l’appartement d’en face ! Les ordinateurs portables sont interdits ici, mais on est tellement loin des surveillants qu’ils ne viennent jamais nous embêter.” m’expliquent-ils. Le premier soir, on commence vite à parler voyage. Je leur fais découvrir les vidéos de Solidream. On est trois collés à la fenêtre pour capter !

Dans cette pièce démarre une nouveau chapitre de ma vie. Je décide d’éradiquer au maximum les énergies négatives autour de moi. Je remets en question toutes mes fréquentations, fais attention à ma santé, m’inspire de musiques, de films plus optimistes.
Je m’engage dans différents projets de volontariat avec des personnes en situations d’handicap. Pour la première fois, je communique en anglais sur des projets d’échanges internationaux. j’entends parler d’un organisme nommé “Dynamo International”, une O.N.G. qui a pour but la coopération au développement et dont une mission consiste à aider les jeunes à définir un projet qui correspond le mieux à leurs envies. On me dit d’aller les voir pour avoir un coup de pouce pour réaliser mon projet. Après avoir fixé un rendez-vous, je rencontre Sylvie. Je lui explique ma situation, mes envies de voyage, mon désir à devenir autonome. Il paraît qu’on peut voyager sans argent me dit-elle. Selon mon profil, elle m’explique qu’un projet de service volontaire européen serait idéal pour moi. Aucune compétence n’est requise. Mon projet sera financé par l’état pendant un an, mais seulement s’ils acceptent ma lettre de motivation écrite en anglais. C’est du travail à faire en plus de mes études, mais je suis prêt à tenter ma chance.

En septembre 2013, huit mois après mon premier rendez-vous chez Dynamo et 75 candidatures envoyées à travers le monde, je prends pour la première fois l’avion et me retrouve en Bulgarie avec l’équivalent du BAC et un diplôme d’éducateur en poche. Yeah ! Je vais habiter en collocation dans un appart de Varna, sur la côte de la Mer Noire. Le quartier est assez pauvre, il y a un grand bidonville à 300 mètres. C’est des gipsies me dit-on avec mépris. Je vois tous les jours des enfants retourner les déchets et recevoir des sacs d’ordures sur la tête. Le centre fermé où je suis volontaire à mi-temps se situe dans ce quartier, il prend en charge des femmes et des enfants victimes de violences et de trafics humains. Mon rôle est de stimuler les bénéficiaires avec des activités sportives, créatives et d’éducation à la santé. Les enfants m’apprennent le bulgare, il m’appelle “Brat” et je suis touché lorsque je comprends que cela veut dire “grand frère”.

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Durant un an, je vis mes premières aventures avec mon sac à dos et aiguise ma débrouillardise. Je commence à explorer les montagnes des alentours, me déplace en auto-stop et traverse seul les frontières. Entre la Turquie et la Bulgarie, je découvre de mes propres yeux la situation précaire de nombreuses familles syriennes vivant dans des tentes et conteneurs. Mon passage dans ce camp en hiver marque à vie mon jeune esprit.

Septembre 2014, les Balkans m’ont enseigné ce qu’est l’hospitalité et la générosité, je n’ai plus peur des inconnus. Mon projet est terminé, je me donne un mois pour rentrer en Belgique en auto-stop. Je commence à développer une passion pour la capture d’images et me forme de plus en plus de manière autodidacte. J’hésite à commencer des études en réalisation audiovisuelle, mais je n’ose pas m’engager à Bruxelles dans des études pour 7 ans. Étant au chômage, j’essaye de postuler en tant qu’éducateur pour travailler dans des centres d’accueil pour personnes réfugiées. On me refuse partout car je suis trop jeune. Je tombe alors sur une offre d’emploi en Espagne, un job d’animateur dans un hôtel… J’accepte rapidement car ça paye bien et une saison suffirait à me faire de bonnes économies. Avec un pote, on parle de partir bientôt pour un tour du monde à vélo !

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En janvier 2015, avant de partir en Espagne, je vois en dernière minutes que Solidream projette dans un festival à Paris et me décide à les rencontrer enfin ! Après le festival, ils m’invitent à les rejoindre pour aller boire un verre. C’est à ce moment-là que je commence à découvrir les différentes personnalités du groupe et me détache de l’image que je m’étais fait d’eux inconsciemment à travers l’écran. En fait, je les ai tellement idéalisés comme des “Aventuriers”, que j’en ai oublié qu’ils pouvaient être “comme tout le monde”. Ils me font alors une piqûre de rappel à ce sujet autour d’une pinte de bière. Donc ces gars là, finalement, m’inspirent alors pour ce qu’ils ont “fait”? Et non par ce qui ils “sont”? Siphay confirme l’idée en me disant “Tu sais, on est comme tout le monde mec ! On n’est pas nés avec le pouvoir d’être extraordinaire. On a tous un parcours de vie avec des peurs et toutes sortes de galères. L’argent, la santé, les nanas… Bref, la vie en général quoi ! D’ailleurs, en parlant de nanas, tu vas découvrir que l’amour, c’est LE talon d’achille de tous les voyageurs !! “ Sur ces dernières paroles, on se fait une dernière accolade avant de se dire au revoir avec la promesse de se revoir un jour à Montpellier.

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Juillet 2015, j’ai pris le départ de mon premier voyage à vélo sous le soleil cuisant de l’Andalousie. Je sue de tout mon corps sous 40°. On me dit que je suis fou de vouloir pédaler sous cette chaleur, mais je n’ai pas le choix. Je pars en direction du Portugal pour trouver un peu plus de fraîcheur et de verdure. Je commence directement avec un col à 1300 m. En regardant la route défiler à côté de moi, je me dis qu’à pied, j’irais encore plus vite. Qu’est ce qui m’a pris de passer par ici pour débuter mon voyage ? Pourquoi je n’ai pas longé simplement les hôtels sur la plage ? Qu’est ce que je pourrais balancer pour être plus léger ? Un sac de fruits secs et où des caleçons? Je n’ai pas encore le temps de me plaindre qu’une voiture de police arrive à côté de moi et me fait signe de m’arrêter. Ah bravo ! Me voilà arrêté par les flics après seulement 8 km!

“- Abla espagnol?
– No, english.
– This is no good ! No bicycle here ! No permission! ”

OK, je vois. J’avoue que vouloir faire mes premiers kilomètres sur une autoroute n’était peut-être pas une bonne idée. Il n’y a presque pas de circulation ici, j’ai largement de la place pour rouler. Sur la carte, je ne vois pas d’autres routes pour quitter la côte.

“- Give me your passport. Where are you going?
– I’m going to Belgium.
– What Bélgicaaaa? You are crazy ! This is not good direction for Bélgica.
– I know. I’m going first to Portugal and after to Belgium.
– Portugal? It’s very hot! Why ?? This is dangerous! Why bicycle? Why not car? »

Pourquoi je n’ai pas de voiture? C’est une longue histoire Monsieur l’agent ! Désolé de rouler sur l’autoroute, je ne sais pas vraiment où je vais. Vous savez quoi? Je suis parti sur un coup de tête. J’ai travaillé 3 mois dans un hôtel, là en bas, et le directeur n’était pas foutu de me payer ! Finalement, il m’a viré le salopard ! Heureusement, quitte à être dans la rue, autant l’être avec toute ses affaires sur un vélo non? C’est un bon pote qui est venu m’apporter mon vélo pour me sortir de cette galère.

J’aurai bien aimé lui répondre ça, mais à la place je lui ai dit: “Cycling is better than driving.”

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Ma première journée fut éprouvante, j’ai les jambes courbaturées. Au total : 65 km parcourus sous une chaleur étouffante pour ma première journée. J’ai découvert que mon corps pouvait absorber 8 L d’eau ! Quand je pense que j’ai environ 5 000 km à rouler pour rentrer chez moi… C’est dingue, je vais me déplacer jusque-là uniquement en faisant tourner mon pédalier.

Septembre 2015, cela fait 2 mois que je suis sur la route. Je suis arrivé en France après 3 500 km. J’ai commencé par le Portugal du sud au nord. Une fois à Santiago, j’ai roulé dans les Pyrénées pour arriver de l’autre côté au bord du canal du Midi que j’ai suivi jusqu’au Grau-Du-Roi, c’est ici que se trouve le QG de Solidream. Ils viennent de rentrer de leur expédition dans le Pamir. Siphay m’héberge sur son bateau quelques jours, Morgan est en train de travailler sur la construction du sien. Il me fait visiter le chantier, ça fait rêver !
En parlant de bricolage, je lui montre l’état de mon vélo… Mes pneus sont usés jusqu’à la limite. Mon porte bagage arrière est cassé. En bougeant, il me casse aussi des rayons dans la roue. Sans hésiter, il va dans son garage et revient avec le porte bagage en acier avec lequel il a fait le tour du monde. “Tiens, c’est pour toi. Ca me fait plaisir de savoir qu’il continue de voyager avec toi.“. Waw, ça me fait bizarre de l’avoir sur mon vélo… J’accepte la mission de le faire voyager !

En parlant voyage, je partage avec l’équipe quelques réflexions que j’ai eu sur ma route. Après cette première expérience, je ne rêve plus de partir pour un “tour du monde”. Enfin, si je le fais, je réalise que j’aurais besoin d’un minimum de 10 ans pour le faire ! J’adore prendre mon temps. J’aime profiter de mes haltes autant que de pédaler. Si je trouve un bivouac magnifique et que l’envie me prend de rester, je veux pouvoir le faire sans regarder le temps. Ce qui me dérange aussi en planifiant mon voyage, c’est que j’ai l’impression de passer à côté de belles expériences, d’opportunités. Au Portugal, un berger et apiculteur bio m’a proposé de rester vivre chez lui pour apprendre à faire du miel et faire du fromage de chèvre. Dans les Pyrénées, j’ai été abordé par un homme qui observait les rapaces dans le ciel. Il m’a dit que si j’étais intéressé, je pouvais rester comme volontaire dans le parc national pour faire du recensement avec lui. A chaque fois, j’ai été tiraillé par l’envie de rester ou de continuer et je ne peux pas m’imaginer vivre ça tout autour du monde. Dans le futur, je ne veux plus rouler d’un point A à un point B. J’aime l’idée d’avoir le temps d’explorer une région profondément plutôt que de suivre un trait continu qui m’oblige à rouler sur l’asphalte en respectant les visas et les bonnes saisons. Après cette révélation, je peux méditer sur mon prochain départ.

Fin du chapitre 2/3

LE POUVOIR DES RÊVES (1/3)

Il y a 6 ans l’équipe de SOLIDREAM recevaient un message d’un jeune belge. Ils étaient en train de construire le radeau pour descendre le Yukon en Alaska, ce jeune gars était dans une période de doutes : échec scolaire, révolté contre la vie, écœuré par le système éducatif, chocs émotionnels… Son message était touchant et, comme à chaque fois, ils ont pris le temps de répondre. Mais comment avoir les mots justes face à une telle situation ? Est ce que leur voyage autour du monde pouvait-il avoir des conséquences qu’ils ne soupçonnaient pas ?

Cet ado en difficulté, c’était moi. Aujourd’hui, je travaille avec Solidream, dans leur bureaux, sur mon premier film. L’entraide continue en 2018, chacun apporte ce qu’il peut à l’autre et ainsi vont les projets. Voici mon histoire :

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À 5 ans arrive le moment pour moi de faire mes premiers coups de pédales sur mon nouveau vélo. Nous sommes derrière notre maison familiale dans la campagne de Morhet. Mon frère pose sa main sur mon dos, mes soeurs regardent le spectacle, mon oncle un peu plus loin se prépare à prendre la photo. “Il faut toujours regarder loin devant toi pour ne pas tomber !” me coache mon frère, avant de me pousser pour m’élancer. J’appuie sur les pédales, fait vaciller ma roue avant de gauche à droite pour chercher l’équilibre avant de me stabiliser sous l’encouragement de la famille.

Après l’excitation, la peur ne tarde pas à m’envahir lorsque je réalise que je ne sais pas comment faire demi-tour. Ne sachant pas encore bien actionner les freins, je rate mon premier virage et fonce dans le bas-côté pour finir avec un plongeon dans les hautes herbes. Tout en rigolant, mon frère arrive pour me sortir de là : “Ce n’est pas grâve frérot, les piqûres d’orties, c’est bon pour la circulation du sang !”. Cette centaine de mètre parcouru représente ma première aventure ! Beaucoup de gamelles et quelques mois plus tard, mon premier rêve se réalise, me voilà parti à l’école à vélo comme un grand.

Mes jeunes années défilent. Ardemment, je sillonne de plus en plus les chemins agricoles de l’Ardenne belge. Je gagne les courses avec les copains, roule à travers les champs, saute les rivières et grimpe dans les arbres pour y construire des cabanes de plus en plus sophistiquées. A 13 ans arrive l’adolescence en ville. La campagne ne m’intéresse plus. Je laisse pousser mes cheveux, j’ai une casquette à l’envers, je me cherche entre devenir rappeur, rockeur, danseur ou skater. Je découvre le B.M.X. et les skate-parcs où je vais enchaîner maladroitement des figures. Au même moment, les premiers téléphones avec des caméras arrivent. Je découvre de l’intérêt à filmer mes actions et à réaliser mes premiers montages vidéos que je partage sur mon blog. En vérité, je m’applique plus à ça que sur mes devoirs et mon parcours scolaire devient de plus en plus chaotique. “ On ne sait pas quoi faire avec toi ! “ me répètent les profs. Je déteste l’école.

A 16 ans, en 2011, ma vie sombre dans la tristesse. Je suis chamboulé profondément en apprenant dans un contexte difficile le décès de ma chère grande soeur. Face à ce choc émotionnel, je n’ai plus le goût à m’épanouir dans quoi que ce soit et rentre en décrochage scolaire. Dans une situation pareille, il est plus facile de se rebeller contre la vie. Mon vélo prend la poussière pendant que je traîne dehors à tuer le temps, du temps pourtant si précieux. Bien que mal, six mois après, je commence à me ressaisir grâce à quelques personnes bienveillantes et décide de m’inscrire dans une autre école pour me donner une nouvelle chance. Un peu par hasard, je démarre une formation d’agent d’éducation (éducateur). Doucement, je reprends alors goût aux études en étudiant la psychologie, l’éducation à la santé et la communication … Je fais deux stages dans le milieu professionnel en tant qu’éducateur. Malgré mon succès en stage, où on me propose même de m’engager car ils sont content de moi, paradoxalement, le système scolaire me freine. Il juge mes capacités sur quelques notes écrites sur du papier et non sur ma capacité générale à m’intégrer dans le monde du travail.

Au printemps 2012, mon envie de sortir rouler revient, mais n’ayant plus de vélo, j’ai ressorti au fond du garage un vieux VTT rouillé que ma mère avait offert à mon paternel, il y a plus de 20 ans. Régulièrement, je roule de plus en plus avec ce dinosaure jusqu’au jour où une idée me vient à l’esprit: “est-il possible de voyager à vélo?”. Cette question me taraude l’esprit avant que je décide, un soir de m’installer devant l’ordinateur pour taper dans la barre de recherche de Youtube: “ tour du monde à vélo”.

Je découvre alors une série de vidéos qui s’affichent dont plusieurs nommées: “Solidream”

“Nous voyageons autour du monde à vélo. Cette vidéo résume la première moitié de notre voyage de 3 ans autour du monde, en 2010 et 2011.
Nous avons traversé des climats extrêmes de la planète à l’aide de nos vélos et aussi grâce à  toutes les personnes qui nous ont aidés sur le chemin. Il n’y a pas besoin de beaucoup pour réaliser ses rêves de voyage, et c’est précisément ce que nous voulons montrer dans notre projet, et dans cette vidéo également.”

Je n’en revenais pas, c’est possible ! Ces gars-là l’ont fait !
Après avoir visionné toutes leurs vidéos, j’en parle autour de moi et les montre à tous mes potes. La plupart des mecs dans ma classe ont comme idoles Messi ou Ronaldo. Moi, c’est clair que c’est eux !

Six mois après ma découverte, en jugeant le nombre de mes échecs en cours, j’apprends que malgré mes efforts la direction de l’école veut à nouveau me faire redoubler. Sur un coup de tête, je monte dans ma chambre et commence à écrire un email à l’équipe de Solidream.

En quelques mots, je me présente en faisant part de mes ambitions fortes. Moi aussi, je veux voyager un jour à vélo. Il n’y a aucune question derrière mon message, je veux juste les remercier de me faire voyager virtuellement à travers leurs aventures.

Un mois après, quelqu’un de l’équipe m’envoie ce message depuis le Canada:

“Nous sommes contents de lire que nos aventures te donne envie de faire des choses, d’entreprendre et de te dépasser.
Peut être que la vie n’est pas facile pour toi aujourd’hui, mais dans des situations comme la tienne il y a ceux qui baissent les bras et ceux qui se battent et deviennent plus fort chaque jour.
Je comprend aussi que ce soit difficile pour toi à l’école mais je suis obligé de t’inviter à te ressaisir pour ne pas perdre ton temps sur les bancs de l’école. Ton temps est précieux. Exploite-le à fond. Si tu es en classe profites en pour apprendre et évoluer en bien. Quand tu finis les cours investis toi dans les choses que tu aimes. Fais les choses avec passion et tu pourras réussir tout ce que tu entreprends. L’essentiel est de faire les choses à 100%.
Si tu as besoin de conseil nous pouvons essayer de t’aider. Écris-nous et nous te répondrons quand nous aurons le temps.
Au plaisir de te rencontrer
Morgan pour l’équipe “

Yeah, je suis tellement content qu’ils aient pris le temps de me répondre! Ce message arrive au bon moment ! Ce sont les vacances d’été, mais j’ai le nez dans mes cours. Exceptionnellement, la direction a accepté que je  repasse mes examens à nouveau.

Me voilà boosté à bloc, cette phrase: “je suis obligé de t’inviter à te ressaisir pour ne pas perdre ton temps sur les bancs de l’école” résonne en moi. Dorénavant, je commence à développer une réelle motivation personnelle à réussir. Je ne veux plus décrocher mon diplôme juste parce qu’on me le demande et parce que c’est une étape obligatoire, mais parce que le plus vite je l’aurai, le plus vite je gagnerai la liberté de voyager ! Avec un nouvel état d’esprit, je deviens plus assidu et passe avec succès mes examens ! Me voilà alors en dernière année d’étude! Biiim!

Pour mes 18 ans, mon frère et ma mère me propose de se cotiser pour m’offrir un vélo. Ils savent que j’en rêve. C’est un cadeau très symbolique souligne mon frère. Mon choix se fait alors sur un VTT d’entrée de gamme avec des fixations pour portes bagages. Il me propose d’autres vélos sympas, mais ils ne m’intéressent pas car je veux un vélo pour voyager. Je n’ose pas dévoiler mon projet devant lui, ou devant la famille. Je pense que les rêves, c’est comme la soupe. Mieux vaut ne pas ouvrir le couvercle pendant la cuisson!

Fin du chapitre 1/3